J’aime pas l’école.
La nuit fonce encore les rideaux et MaPrincesse grognonne tandis que LePaf tire ses enfants du sommeil et sur les couettes.
Elle n’aime pas cette école qui la contrarie d’un bout à l’autre de la journée ouvrable.
Dans ses envies de sommeil le matin, dans son désir de jeu quand il faudrait s’habiller vite, dans son exigence d’un dvd le soir.
Elle lui en veut surtout car, avec elle, ont disparu ses privilèges.
Il n’y a pas six mois, c’est d’un œil à demi couvert par l’oreiller qu’elle pouvait observer l’agitation matinale.
La maison et son père pour elle seule, dès les autres partis user les pupitres ou les tapis de souris.
Le temps de badiner, se promener, passer toute une heure en n’ayant enfilé qu’une seule chaussette.
Les bras toujours aimants et disponibles des adultes de la crèche au si peu de contraintes.
D’une si délicieuse époque on ne peut faire le deuil.
Comme ces têtes russes et couronnées qui, tandis qu’on débaptisait Saint-Pétersbourg, s’entassaient en une bonne centaine de mille jusque loin dans Paris, par-delà l’enceinte Philippe Auguste pour certaines, sans le sou pour beaucoup, mais qui jamais, toutes dépossédées qu’elles puissent être, les derniers bijoux vendus, les mains écorchées par les pieds de lampe faits maison et plus ou moins bien vendus au porte-à-porte, les yeux abîmés par les heures passées en atelier de confection de chapeaux pour dames épargnées par le sort, jamais, donc, ne céderaient un pouce de leurs manières aristocratiques.
Jusqu’à ce que Sainte-Geneviève-des-Bois, dernier abri des Russes blancs au sang bleu, les accueille.
MaPrincesse est de cette trempe
Elle ne saurait abdiquer devant une réalité contrariante et œuvra dès les premiers jours de rentrée pour se reconstituer un ersatz des glorieux jours d’antan.
Repérer celui ou celle des adultes qui cédera le plus aisément à ses moues et charmes de paupières.
Avoir à disposition des refuges de câlins, des aides compatissantes pour manier la fourchette, un amoureux pour tenir manteau, bonnet et doudou le temps d’un toboggan.
Reconstituer dans la faune de l’école cet univers de servantes et dames de compagnies en promenade entre les troncs de bouleaux pâles et diaprés.
A ces conditions MaPrincesse parvient à reconnaitre quelques qualités à l’école qu’elle n’aime pas, certes, mais à l’exception de sa maitresse, ses copines et ses copains aussi.
Mais il est des jours où les séductions n’opèrent pas, alors les indulgences s’évanouissent, les rancœurs se déchainent.
Je dé-teste l’école.
On lui dit qu’elle exagère.
Elle, nous assure que non.
Elle n’est pas xagère.
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mercredi 5 décembre 2012
mercredi 28 novembre 2012
Roux de pelage abondant et d’une diction suffisamment peu articulée pour qu’un peu de frimas et de mauvaise humeur ne la transforme en grognements.
LePaf est un ours.
Le contact n’est pas le fort de l’ours.
Pas que je n’aime pas les gens, mais les rencontres c’est difficile.
Il y a tout un tas de petits rituels ennuyeux avant de rentrer dans le gras de la conversation à tailler.
Des rituels compliqués.
Sourire trop ou pas assez.
Ne pas rire à la petite blague ou trop fort à ce qui n’en était pas une.
Être trop proche et taper sur l’épaule du père distant aux tempes, costume et cravate gris.
Faire dans l’excès de froideur face à la mère chaleureuse, toute en paroles et facilement tactile.
Pullulent les risques d’impair.
La sociabilisation, art difficile et examen permanent pour UnPaf inhibé par l’enjeu et plus proche du radiateur que des places d’honneur.
Tandis que devant les grilles de l’école certains adultes causent, plaisantent, se claquent deux ou quatre bises, LePaf, les mains serrées sur ses enfants, se pose mille question sur quoi faire de sa peau qu’il habille d’un demi sourire crispé.
Comment font-ils pour être aussi à l’aise ?
J’ai pensé un jour faire l’acquisition d’une méthode.
Et peut-être, habitué à ne voir une grande partie de la vie que passée par le filtre du papier imprimé, aurais-je pu faire mes gammes dans le très célèbre ouvrage de Dale Carnegie : Comment se faire des amis, ce best seller plus que septuagénaire, premier d’une série de livres pratiques qui se font de plus en plus d’espace sur les étals des libraires.
Mais j’ai opté pour les cours particuliers.
Trois professeurs m’accompagnent à l’école.
Tirant sur mes bras, hélant tel ou tel, à l’école, sur le trajet, dans les rues, les commerces, ils me forcent à pratiquer ce genre d’échange qu’on appelle discussion plusieurs fois par jour.
Tout cela ne m’a pas transformé mais, coaché par ma marmaille braillante et à force de pratique je crois que je progresse.
Ses enfants finiront peut-être par faire quelque chose DuPaf.
LePaf est un ours.
Le contact n’est pas le fort de l’ours.
Pas que je n’aime pas les gens, mais les rencontres c’est difficile.
Il y a tout un tas de petits rituels ennuyeux avant de rentrer dans le gras de la conversation à tailler.
Des rituels compliqués.
Sourire trop ou pas assez.
Ne pas rire à la petite blague ou trop fort à ce qui n’en était pas une.
Être trop proche et taper sur l’épaule du père distant aux tempes, costume et cravate gris.
Faire dans l’excès de froideur face à la mère chaleureuse, toute en paroles et facilement tactile.
Pullulent les risques d’impair.
La sociabilisation, art difficile et examen permanent pour UnPaf inhibé par l’enjeu et plus proche du radiateur que des places d’honneur.
Tandis que devant les grilles de l’école certains adultes causent, plaisantent, se claquent deux ou quatre bises, LePaf, les mains serrées sur ses enfants, se pose mille question sur quoi faire de sa peau qu’il habille d’un demi sourire crispé.
Comment font-ils pour être aussi à l’aise ?
J’ai pensé un jour faire l’acquisition d’une méthode.
Et peut-être, habitué à ne voir une grande partie de la vie que passée par le filtre du papier imprimé, aurais-je pu faire mes gammes dans le très célèbre ouvrage de Dale Carnegie : Comment se faire des amis, ce best seller plus que septuagénaire, premier d’une série de livres pratiques qui se font de plus en plus d’espace sur les étals des libraires.
Mais j’ai opté pour les cours particuliers.
Trois professeurs m’accompagnent à l’école.
Tirant sur mes bras, hélant tel ou tel, à l’école, sur le trajet, dans les rues, les commerces, ils me forcent à pratiquer ce genre d’échange qu’on appelle discussion plusieurs fois par jour.
Tout cela ne m’a pas transformé mais, coaché par ma marmaille braillante et à force de pratique je crois que je progresse.
Ses enfants finiront peut-être par faire quelque chose DuPaf.
mercredi 7 novembre 2012
Haussements d’épaule à s’en brutaliser les oreilles, soupirs en long dégonflement : MonAîné ventile ses humeurs noires dans la voiture.
LePaf s’en serait exaspéré dès les premiers kilomètres, mettant en danger passagers et usagers de la départementale.
Heureusement, les choses de la route sont l’affaire de ChèreEpouse.
Mes enfants vous le diraient, la conduite, c’est un truc de filles.
Un peu comme la scie sauteuse, les voyages d’affaire ou le montage de meuble.
Porter des bagues, passer l’aspirateur et faire la cuisine en tablier, voilà des occupations d’homme.
Mais revenons à la grogne.
MesAîné&Terrible reviennent d’une piscine municipale où de dévoués mais rémunérés maitres nageurs ont tenté d’inculquer les rudiments de la brasse académique à des enfants plus portés sur les plongeons en bombe.
La séance fut laborieuse mais ne peut pas être mise en cause dans la rogne de MonAiné.
Les répétitions d’ordres, les « allonge ton corps », « tu as entendu ce que je viens de dire ? », etc. glissent sur lui d’ordinaire et c’est plutôt ceux qui les prononcent qui tendent à devenir chèvre.
L’agacement est venu parce que, du plongeoir au saut de l’ange la conversation des garçons a dérivé jusqu’à ce qu’il soit question de religion.
Et le sujet l’énerve.
Depuis bien longtemps.
Avant même que le Père-Noël ne vienne, par son inexistence, briser les premières illusions enfantines.
Tout ne le dérange pas.
Les Grecs et leurs histoires d’Olympe, de Styx, c’est sur le bout des doigts qu’il les connait et les récite sans même qu’on ne les lui les réclame.
Généalogie, noms grecs et romains, rien n’est omis dans son flot ; une vraie bête à concours.
Les signes dits ostensibles l’indiffèrent.
Enfant d’un arrondissement où les trois monothéistes s’expriment dans une relative égalité si on en croit les menus de la cantine, il ne voit pas de raison de s’étonner du foulard de la mère d’untel, de la robe du monsieur en sandales ou bien des branches de palmier, saule, myrte et cédrat que nos voisins de quartier tenaient récemment dans leurs bras.
Ce qui l’horripile, c’est le discours.
Qu’on lui présente la hiérarchie Créateur-créés comme aussi réelle que le pied de table sur lequel son père se pulvérise la structure osseuse du petit orteil chaque matin que Dieu, ou je ne sais quoi, fait, le rend fumasse et le remplit d’intolérance agressive.
Cela, pour peu que notre petite famille soit invitée à l’une de ces cérémonies confessionnelles qui rythment la vie de beaucoup, peut devenir fort embarrassant et vous contraindre à bâillonner le moutard pour lui expliquer qu’il est parfois de bon ton de faire dans la rétention d’opinions.
Dans les odeurs de chlore mêlées de relents peu agréables qu’ont laissés sur la banquette arrière quelques maux de transport enfantins mal contrôlés, c’est MonTerrible qui jouait ce jour-là le rôle du prêcheur. Vantant les anges, le paradis, les béatitudes et toutes ces sortes de célestes joyeusetés.
« Débile », « n’importe-quoi », « andouille » lui répond MonTerrible les maxillaires crispés.
MonTerrible ne s’émeut pas des aboiements fraternels.
Avec la vivacité du Parisien voyant une place assise se libérer dans la ligne 12 il enchaine :
Puisque MonFrère ne veut pas de religion, moi, j’ai le droit d’en prendre deux, non ?
Alors, moi, je pense que je suis protestant et catholique.
Protestant parce que je proteste beaucoup.
Et catholique parce que je mange du porc.
LePaf s’en serait exaspéré dès les premiers kilomètres, mettant en danger passagers et usagers de la départementale.
Heureusement, les choses de la route sont l’affaire de ChèreEpouse.
Mes enfants vous le diraient, la conduite, c’est un truc de filles.
Un peu comme la scie sauteuse, les voyages d’affaire ou le montage de meuble.
Porter des bagues, passer l’aspirateur et faire la cuisine en tablier, voilà des occupations d’homme.
Mais revenons à la grogne.
MesAîné&Terrible reviennent d’une piscine municipale où de dévoués mais rémunérés maitres nageurs ont tenté d’inculquer les rudiments de la brasse académique à des enfants plus portés sur les plongeons en bombe.
La séance fut laborieuse mais ne peut pas être mise en cause dans la rogne de MonAiné.
Les répétitions d’ordres, les « allonge ton corps », « tu as entendu ce que je viens de dire ? », etc. glissent sur lui d’ordinaire et c’est plutôt ceux qui les prononcent qui tendent à devenir chèvre.
L’agacement est venu parce que, du plongeoir au saut de l’ange la conversation des garçons a dérivé jusqu’à ce qu’il soit question de religion.
Et le sujet l’énerve.
Depuis bien longtemps.
Avant même que le Père-Noël ne vienne, par son inexistence, briser les premières illusions enfantines.
Tout ne le dérange pas.
Les Grecs et leurs histoires d’Olympe, de Styx, c’est sur le bout des doigts qu’il les connait et les récite sans même qu’on ne les lui les réclame.
Généalogie, noms grecs et romains, rien n’est omis dans son flot ; une vraie bête à concours.
Les signes dits ostensibles l’indiffèrent.
Enfant d’un arrondissement où les trois monothéistes s’expriment dans une relative égalité si on en croit les menus de la cantine, il ne voit pas de raison de s’étonner du foulard de la mère d’untel, de la robe du monsieur en sandales ou bien des branches de palmier, saule, myrte et cédrat que nos voisins de quartier tenaient récemment dans leurs bras.
Ce qui l’horripile, c’est le discours.
Qu’on lui présente la hiérarchie Créateur-créés comme aussi réelle que le pied de table sur lequel son père se pulvérise la structure osseuse du petit orteil chaque matin que Dieu, ou je ne sais quoi, fait, le rend fumasse et le remplit d’intolérance agressive.
Cela, pour peu que notre petite famille soit invitée à l’une de ces cérémonies confessionnelles qui rythment la vie de beaucoup, peut devenir fort embarrassant et vous contraindre à bâillonner le moutard pour lui expliquer qu’il est parfois de bon ton de faire dans la rétention d’opinions.
Dans les odeurs de chlore mêlées de relents peu agréables qu’ont laissés sur la banquette arrière quelques maux de transport enfantins mal contrôlés, c’est MonTerrible qui jouait ce jour-là le rôle du prêcheur. Vantant les anges, le paradis, les béatitudes et toutes ces sortes de célestes joyeusetés.
« Débile », « n’importe-quoi », « andouille » lui répond MonTerrible les maxillaires crispés.
MonTerrible ne s’émeut pas des aboiements fraternels.
Avec la vivacité du Parisien voyant une place assise se libérer dans la ligne 12 il enchaine :
Puisque MonFrère ne veut pas de religion, moi, j’ai le droit d’en prendre deux, non ?
Alors, moi, je pense que je suis protestant et catholique.
Protestant parce que je proteste beaucoup.
Et catholique parce que je mange du porc.
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